L’essentiel. Un modèle génératif produit la suite de mots la plus plausible au regard de son contexte ; il ne consulte pas automatiquement un registre de vérités. Il peut donc inventer un fait, une citation, un chiffre ou une source avec un ton parfaitement assuré. La bonne pratique n’est pas de chercher un « prompt magique » qui supprimerait toute erreur, mais d’organiser la réponse pour rendre ses affirmations contrôlables, puis de vérifier les éléments qui comptent auprès de sources indépendantes et compétentes.
Une hallucination n’a pas toujours l’air fausse
Le NIST emploie aussi le terme de confabulation : un système génératif présente un contenu erroné ou faux, parfois avec assurance. L’erreur peut être externe — une date inexistante, un arrêt de justice inventé, une fonctionnalité obsolète — ou interne, lorsque deux passages de la même réponse se contredisent. Elle peut toucher le texte, les calculs, le code, l’interprétation d’une image et même la liste des références.
Trois qualités doivent être séparées. La fluidité décrit la forme ; la cohérence indique que les phrases s’enchaînent ; l’exactitude exige que les affirmations correspondent à des éléments vérifiables. Une réponse peut exceller sur les deux premières et échouer sur la troisième. Demander au modèle « Es-tu sûr ? » n’est pas une preuve : il peut confirmer une erreur ou la remplacer par une autre.
Le risque augmente lorsque la question porte sur un fait rare, récent, local, ambigu ou absent du contexte fourni. Il augmente aussi quand on exige une réponse à tout prix. Autoriser explicitement « information insuffisante » réduit l’incitation à deviner, sans garantir l’absence d’erreur. Pour une décision juridique, médicale, financière, de sécurité ou concernant une personne, la validation d’un professionnel et des sources applicables reste indispensable.
Quand utiliser l’IA, et quand ralentir
- Utilisez-la volontiers pour explorer un sujet, reformuler un texte déjà validé, proposer une structure ou repérer des points à contrôler.
- Ajoutez des sources pour une synthèse factuelle, une comparaison de règles ou une veille datée.
- Faites contrôler par un humain compétent toute sortie susceptible d’affecter des droits, de l’argent, la santé, la sécurité ou la réputation.
- Évitez de déléguer une décision irréversible à une réponse non tracée, sans critères ni possibilité de recours.
Attention aux fausses citations. Un titre crédible, un DOI bien formé ou une URL plausible peuvent être inventés. Ouvrez la source, vérifiez son auteur, sa date, le passage réellement pertinent et son domaine. Une liste de liens n’est pas une vérification.
Avant / après : passer d’une réponse à une réponse auditée
Avant : « Quel est le délai légal pour répondre à cette demande ? Donne-moi une réponse ferme. » La demande pousse à choisir un chiffre, alors que le pays, le texte applicable, la date et le type de demande ne sont pas précisés.
Après : le prompt demande d’abord les informations manquantes, impose une date de référence, distingue les faits fournis des déductions et exige une source primaire pour chaque règle. La sortie devient un dossier de vérification, pas un verdict. Si les données ne suffisent pas, le modèle doit le dire et proposer la prochaine vérification.
Prompt copiable : réponse factuelle contrôlable
Objectif : répondre à la question ci-dessous sans combler les lacunes par une supposition.
Question : [QUESTION]
Contexte et date de référence : [CONTEXTE, PAYS, DATE]
Sources autorisées ou documents joints : [SOURCES]
1. Commence par signaler les informations indispensables qui manquent.
2. Réponds uniquement avec les éléments étayés par le contexte ou par une source consultable.
3. Pour chaque affirmation importante, indique : fait établi, déduction ou incertitude.
4. Donne le lien direct, le titre, l’organisme et la date de chaque source ; n’invente jamais de référence.
5. Cite le court passage ou la donnée qui soutient l’affirmation, sans longue reproduction.
6. Si deux sources se contredisent, expose le désaccord et ne tranche pas sans critère.
7. Termine par « Contrôles à effectuer » et une liste priorisée.
Format : réponse courte, tableau des affirmations et sources, puis contrôles.
Si la preuve est insuffisante, écris explicitement « information insuffisante ».
Le protocole de vérification en cinq passes
- Surlignez les affirmations. Dates, nombres, noms propres, causalités, citations et obligations doivent être isolés.
- Classez le risque. Une idée de titre n’a pas le même coût d’erreur qu’un conseil de santé ou un virement.
- Remontez à la source primaire. Texte officiel, publication scientifique, documentation de l’éditeur ou donnée d’origine avant les résumés secondaires.
- Refaites les opérations. Recalculez les chiffres avec un tableur ou un outil déterministe ; vérifiez unités, dénominateur et arrondis.
- Conservez la trace. Notez modèle, date, prompt, documents, version produite, contrôleur et corrections.
Exercice : auditer une mini-réponse
Demandez à un modèle de présenter en 180 mots une règle publique récente que vous connaissez peu. Relevez au moins cinq affirmations vérifiables, retrouvez les sources primaires et attribuez à chacune un statut : confirmée, imprécise, fausse ou non vérifiable.
Critères de réussite : aucune source inventée ; différence visible entre fait et interprétation ; date de validité précisée ; calculs refaits ; conclusion corrigée sans masquer l’erreur initiale.
Erreurs fréquentes
- Confondre confiance du ton et niveau de preuve.
- Accepter une source parce que son domaine ou son titre paraît crédible.
- Vérifier la conclusion sans contrôler les données intermédiaires.
- Utiliser le même modèle comme unique auteur, critique et arbitre.
- Oublier qu’une information exacte hier peut être périmée aujourd’hui.
- Publier une sortie sans responsable humain clairement identifié.
Checklist avant usage
- La question, le territoire et la date sont explicites.
- Le modèle peut répondre qu’il ne sait pas.
- Chaque fait important mène à une source ouverte et pertinente.
- Les nombres ont été recalculés hors du modèle.
- Les données personnelles ou confidentielles sont protégées.
- La validation est proportionnée aux conséquences d’une erreur.
Quiz
Une réponse cohérente accompagnée de trois liens est-elle fiable ?
Pas nécessairement. Il faut ouvrir les liens, vérifier qu’ils existent, qu’ils soutiennent réellement les affirmations et qu’ils sont applicables à la date et au contexte.
Demander « es-tu sûr ? » constitue-t-il une vérification indépendante ?
Non. C’est une nouvelle génération du même système. Une vérification robuste utilise une source primaire, un outil déterministe ou un humain compétent.
Que vérifier en premier si l’enjeu est élevé ?
Les affirmations susceptibles de changer la décision : obligations, chiffres, dates, exclusions, identité des personnes ou objets et hypothèses structurantes.
Sources primaires et officielles
- NIST, Artificial Intelligence Risk Management Framework: Generative AI Profile, section « Confabulation ».
- OpenAI, Why language models hallucinate, recherche sur l’incitation à deviner et l’incertitude.
- CNIL, questions-réponses sur l’utilisation d’un système d’IA générative.
Vérifié le .
